Edito du 23/12/20

De la crise de liquidité vers la crise de solvabilité = Déflation par la dette, inflation de bulles et zombification

Depuis mars dernier, les banques centrales achètent des actifs au rythme d’ 1,3 milliard de dollars toutes les 60 minutes. Il y a eu 4 baisses de taux tous les 5 jours. Soit un total de 190 baisses de taux en tout. Et le manège, bien sûr, continue.

  • augmentant les achats de titres PEPP(Pandemic Emergency Purchase Program) de 500 milliards d’euros qui atteignent désormais 1.850 milliards d’euros (1.350 précédemment prévus, 718 milliards d’euros utilisés à ce jour)
  • prolongeant ce programme PEPP de 9 mois supplémentaires, au moins jusqu’en mars 2022 et en tout cas jusqu’à la fin de la pandémie, ainsi que les rachats des titres arrivant à maturité jusqu’à la fin de 2023;
  • la troisième tranche de TLTRO (Targeted Long-Term Refinancing Operations), les opérations de liquidité à long terme visant à octroyer des prêts aux entreprises, aura des conditions encore plus favorables pour les banques (en fait un taux d’intérêt de -1%) et expirera en juin 2022 (et non plus Juin 2021) ces mêmes banques ayant atteint de nouveaux objectifs de prêt; de plus, trois nouvelles enchères auront lieu entre juin et décembre 2021. Des ressources pour 55%, et non plus de 50%, du stock de prêts peuvent être mobilisées;
  • le rythme d’achat de titres du programme APP (le Quantitative Easing «classique» ou Asset Purchase Program) est confirmé à 20 milliards d’euros par mois;
  • en outre, quatre autres enchères de liquidité pandémique PELTRO (Pandemic Emergency Long-Term Refinancing Operations) auront lieu en 2021; l’extension des garanties décidées en avril sera prolongée jusqu’en juin 2022; les swaps et repo avec d’autres banques centrales sont également prolongés jusqu’en mars 2022;
  • les taux demeurent inchangés et resteront au ”niveau actuel” ou inférieur jusqu’à ce que les perspectives d’inflation convergent de manière robuste à un niveau suffisamment proche mais inférieur à 2%”.
  • Question impertinente: quand atteindrons-nous l’objectif d’inflation de 2% conformément au mandat de la BCE?
  • L’accroissement du bilan ne génère ni inflation ni croissance de l’économie. (So far…not good).

 

Dommage que les conséquences sur l’économie réelle soient marginales et peut-être que les inconvénients sont plus importants que les bénéfices, qui en réalité sont de maintenir (augmenter) la valeur (fictive ?) du système financier en préservant le système bancaire d’un moment Minsky. La réforme du MES (Mécanisme Européen de Stabilité) elle-même a très probablement cet objectif.

L’Italie, dispose probablement encore d’un sursis de couverture par la BCE avec le soutien de filets de sécurité sociale et de moratoires sur la dette en garantie, mais lorsque ceux-ci seront terminés, un basculement entre la dette souveraine italienne (et pas seulement car d’autres pays pourraient basculer de la même manière) et la nouvelle dette émise au niveau de UE pourrait s’opérer (cela ferait remonter le différentiel de taux entre les emprunts d’Etat italiens et allemands, impliquant la demande de politiques d’augmentation de la pression fiscale dans un contexte où la réforme du MES facilite la restructuration de la dette publique).

Ainsi qu’avec la mise en place de l’EDIS (European Deposit Insurance Scheme) lequel implique la pondération du risque souverain des emprunts d’Etat présents dans les bilans des banques européennes, ce qui enlèvera à nos établissements de crédit l’une de leurs principales sources de revenus, et rendra inévitable une nième et importante contraction du crédit avec une récession économique à la clé. Le recours au MES (…) dans ces conditions deviendrait inévitable.

La BCE est dans une voie sans issue: si elle arrête d’acheter des obligation d’Etat, elle provoque une crise financière et si elle dure indéfiniment, elle monétise la dette publique et détruit la monnaie

Presque partout dans le monde, les interventions des banques centrales se poursuivront à un rythme sans précédent

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